Depuis quelques années la production de vin biologique, en France, augmente considérablement (+276% entre 2012 et 2017**). C’est l’intérêt grandissant des consommateurs pour des cuvées produites dans le respect de l’environnement qui booste cette tendance. C’est aussi pour cette raison que l’offre de labels et certifications se multiplie. Mais, se valent-ils tous ? Garantissent-ils réellement des pratiques durables ? Comment les différencier ? Le point très positif de cette nouvelle demande, c’est que d’une manière générale, l’ensemble de la filière viticole tend vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement.

Les vins bio, une tendance récente ?

Certes, les consommateurs sont de plus en plus sensibles à la protection de l’environnement et à l’absence de produits chimiques dans les vins et aliments qu’ils consomment. Mais un certain nombre de vignerons n’ont pas attendu la prolifération des labels pour pratiquer une agriculture respectueuse de son environnement et de ses terroirs. En effet, de nombreux grands vins (de Bourgogne, de Bordeaux et autres) sont issus de l’agriculture biologique et/ou biodynamique non labellisée, depuis de nombreuses années. Longtemps, ces grands domaines ont choisi de ne pas communiquer à ce sujet, car BIO et Grand cru n’est étonnamment pas toujours une alliance bien perçue.

Il me paraît néanmoins important de souligner que pour conserver un grand terroir et y produire les meilleurs raisins, il est indispensable d’aller dans le sens de la nature et non pas d’asphyxier la terre avec des produits de synthèse.

Le vin biologique n’existe cependant officiellement que depuis 2012. Auparavant, il s’agissait de vins issus de l’agriculture biologique. Cela impliquait l’interdiction de produits de synthèse et d’insecticides dans la vignes, mais les intrants étaient autorisés lors de la vinification. Depuis 2012, ils sont maitrisés et tendent à diminuer. Par contre, l’acidification, la désacidification, le traitement thermique, l’ajout de tanins, l’ajout de copeaux de bois, de soufre, les levures industriels, sont eux toujours autorisés.

Quelques exemples :

Parmi ces domaines qui ne communiquaient pas sur leurs méthodes viticoles respectueuses de l’environnement, on peut citer le Château le Puy, situé sur la rive droite du vignoble bordelais. Leurs vignes sont cultivées à « l’ancienne », en reprenant des méthodes dites biologiques et biodynamiques. Elles n’ont jamais souffert des engrais chimiques, ni des herbicides, ni insecticides de synthèse. La vinification est elle aussi, particulièrement soignée et limite considérablement les intrants tels que sulfites, levures, collage et chaptalisation. Ce n’est finalement qu’en 2012, que le Château Le Puy est labellisé Demeter et Ecocert, en 2014.

Le Domaine de la Romanée Conti prône également une agriculture raisonnée et respectueuse de ses terroirs d’exceptions, depuis des décennies.

Enfin, au Château la Lagune, Caroline Frey a choisi, dès son arrivée à la tête du célèbre troisième Grand cru classé, en 2000, d’utiliser des méthodes issues de l’agriculture biologique et biodynamique.  Afin de convertir, en douceur son domaine, elle ne commencera le processus de labellisation, qu’en 2013.  

Pourquoi les labels éthiques et environnementaux sont-ils si demandés ?

Bien que les labellisations et certifications aient commencé à apparaître au début du siècle dernier, ils n’ont jamais autant suscité l’intérêt des vignerons et consommateurs. Ils fleurissent sur les bouteilles de vins depuis le début des années 2010, avec une nette accélération depuis le millésime 2017.

Pour les amateurs de vins, qui vivent souvent loin des lieux de production, ces labels sont l’unique signe apparent, communiquant sur les bonnes pratiques environnementales du vignoble. Ils sont donc un lien indispensable entre les vignerons soucieux de communiquer sur leurs bonnes pratiques environnementales et les consommateurs, à la recherche de ces produits.

Encore faut-il avoir les clefs pour comprendre ce qu’ils impliquent. En effet, ils se focalisent souvent, sur l’abolition de l’usage des produits de synthèses (pesticides, herbicides, fongicides, etc.), d’autres se soucient davantage des conditions de travail des employés viticoles. Certains, mettent l’accent sur le tri des déchets, la consommation d’eau, le traitement des eaux usées et leur empreinte carbone. Mais parfois, seul l’ajout de sulfite est remis en question.

J’aborderais, plus en profondeur, dans les prochains articles, les spécificités et cahiers des charges de chacun des labels principaux. L’objectif de ce dossier sur les vins bios, en France, est de lever les idées reçues sur le « vin bio vs vin non bio » et de vous aider à mieux comprendre les nuances qui existent entre les différents labels. L’offre de bons vins, avec ou sans labels, est en effet trop grande, pour ne s’intéresser qu’à l’unique logo vert !

Le BIO est-il la solution pour tout le vignoble français ?

Comme je l’ai déjà précisé, la volonté des vignerons d’adopter une viticulture respectueuse de l’environnement et des terroirs ne date pas des années 2000 ! La production de vins d’exceptions résulte de la synergie parfaite entre un terroir d’exception, le climat et l’homme qui fait le vin. C’est pourquoi, lorsque l’un de ces trois éléments tend à faiblir ponctuellement, c’est la constance des deux autres qui permettra de garantir une qualité constante des vins et cuvées du domaine. On ne peut donc plus négliger la préservation des sols. Néanmoins si le vignoble français n’était composé que de domaines réunissant ces trois éléments avec excellence, nous aurions malheureusement peu de chances de consommer du vin français. Il serait bien trop cher pour le portefeuille moyen de la majorité des amateurs.  

La bonne nouvelle, c’est que la viticulture en France tend vers des pratiques plus respectueuses de l’environnement et une volonté générale des vignerons de répondre aux attentes des consommateurs. Il n’y a jamais eu autant de domaines en conversion bio qu’en 2017** ! Et la tendance se confirme largement ces dernières années. Lorsque les domaines conservent les méthodes de viticulture conventionnelle, une grande partie incorpore des pratiques issues de l’agriculture biologique. Ainsi, ils remplacent les produits chimiques par des méthodes plus naturelles. Il serait d’ailleurs utopique de croire que l’ensemble des vignobles français aurait vocation à se convertir à la viticulture biologique.

D’autant plus que pratiquer une agriculture biologique, c’est une décision qui se mûrit, une philosophie qui se façonne avec l’expérience, au fur et à mesure des tests et des choix effectués. Millésime après millésime. Chaque vigneron a l’obligation d’aller à son rythme pour que cette conversion s’opère dans le respect des capacités et contraintes de son terroir, de son environnement et de ses outils. Parfois il constatera les limites de son terroir ou de ses capacités à s’équiper de manière optimale. Donc, tout en ayant des pratiques raisonnées il ne pourra aboutir à une conversion totale. J’évoquerai dans les articles suivants, les solutions alternatives qui s’offrent à ces vignerons soucieux de mettre en place des pratiques de développement durable sans pour autant recourir au bio.

Les limites de la conversion au BIO

La conversion d’un domaine à la viticulture biologique prend du temps, demande des investissements, des adaptations non négligeables (matériel et personnel viticole) et des conditions climatiques favorables ! D’autant plus qu’on constate, dans la majeure partie des cas, une perte de rendement les premières années de conversion. C’est une contrainte réelle car tous les viticulteurs n’ont pas les moyens de supporter une perte de revenue.

Par ailleurs le réchauffement climatique engendre des troubles climatiques fréquents et violents (sécheresses, inondations, grêle, gel, etc). Et apporte donc en même temps son lot de maladies dans les vignes. Parmi les plus virulentes : le mildiou et l’oïdium. Ce sont des champignons qui s’attaquent aux feuilles de vigne. Dès qu’elles sont affectées, elles ne protègent plus les baies de raisin et la photosynthèse ne s’opère plus. Le rendement et la qualité de la production sont donc indéniablement menacés. 

Enfin, imposer des pratiques biologiques sur des vignes ayant toujours connu une viticulture conventionnelle, c’est un peu comme soigner un malade avec de l’homéopathie alors que depuis 20 ou 30 ans il se soignait uniquement avec des antibiotiques. La conversion prend du temps. Par conséquent, toutes les démarches raisonnées et de développement durable entrepris par les viticulteurs, représentent des avancées pour que les terroirs et les vins soient plus sains et plus respectueux de l’environnement.

Dans le prochain article, je mettrais en avant les caractéristiques des vins biologiques et les différences majeures avec les vins conventionnels. Je traiterai ensuite le cas, très pointus, des vins biodynamiques. Puis je détaillerai, les alternatives aux vins bios. Les labels HVE (Hautes Valeurs Environnementales) et Terra Vitis valident une approche raisonnée de la viticulture, plutôt méconnue du grand public.

N’hésitez pas à laisser un commentaire ou à partager ces articles s’ils peuvent aider vos amis à mieux choisir leurs vins.

** D’après l’étude réalisée par le cabinet londonien IWSR, en 2017 et disponible, en libre-service, à la BNF (Bibliothèque National de France).

Un commentaire sur “Quel avenir pour le VIN BIO en France ?

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